Et si je vous disais que le Vietnam abrite une forêt... qui pousse dans la mer ? Une forêt où les arbres ont les pieds dans l’eau salée, où les racines sont des sculptures vivantes, et où le silence est seulement troublé par le cri rauque d’un héron ou le clapotis discret des crabes ?
Les mangroves du Vietnam ne sont pas seulement des zones humides. Ce sont des cathédrales naturelles, des bastions verts face à l’avancée du sel et du temps. Loin d’un simple sujet d’écologie, elles incarnent une lutte, une renaissance et un patrimoine en perpétuelle reconstruction.
Dans un monde où les plages font plus rêver que les marécages, les mangroves sont souvent reléguées au second plan. Pourtant, ce sont elles qui protègent les côtes, nourrissent les hommes, accueillent des milliers d’espèces, et résistent à la montée des eaux comme des sentinelles silencieuses.
Bienvenue dans le royaume salé et sacré des mangroves vietnamiennes.

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Le Vietnam compte plus de 155 000 hectares de mangroves, abritant plus de 60 espèces de palétuviers. Ces forêts amphibies s’étendent principalement dans le delta du Mékong au sud, mais aussi dans le delta du fleuve Rouge au nord.
Ici, chaque racine est un abri, chaque branche une piste d’atterrissage pour des oiseaux migrateurs, et chaque interstice, une nursery pour des milliers de poissons et crustacés. Les mangroves figurent parmi les écosystèmes les plus productifs de la planète en biomasse.
En absorbant le dioxyde de carbone, en filtrant les eaux usées, et en freinant les vagues de tempêtes, les mangroves sont des boucliers naturels. Face au changement climatique – qui menace particulièrement le Vietnam, l’un des cinq pays les plus vulnérables à la montée des eaux – elles sont une réponse douce mais puissante.

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En 1943, le Vietnam comptait plus de 400 000 hectares de mangroves. Mais les guerres, la déforestation, l’aquaculture intensive et l’urbanisation les ont réduites à peau de chagrin.
En 2006, on n’en dénombrait plus que 155 000 hectares. Soit une perte de plus de 60 %. Derrière ces chiffres, il y a des paysages disparus, des traditions perdues, des vies bouleversées.
L’un des épisodes les plus tragiques est survenu pendant la guerre du Vietnam. L’Agent Orange, défoliant chimique utilisé par l’armée américaine, a ravagé des milliers d’hectares de mangroves, notamment dans la région de Can Gio. Les forêts sont devenues des déserts salés, les sols stériles, la vie suspendue.

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À 50 km d’Ho Chi Minh-Ville, les mangroves de Can Gio sont un miracle. Après la guerre, un vaste chantier de reforestation est lancé. En 1978, l’unité forestière de Duyên Hải commence à replanter les palétuviers. Trois décennies plus tard, la forêt renaît.
En 2000, l’UNESCO reconnaît Can Gio comme première réserve de biosphère du Vietnam. Aujourd’hui, c’est le « poumon vert » de plus de 7 millions d’habitants, un filtre à pollution naturelle et un havre pour près de 500 000 visiteurs par an.
Plus au nord, le parc national de Xuan Thuy, situé dans le delta du fleuve Rouge, est le premier site Ramsar du pays. Grâce au programme 327 et à l’appui de la Croix-Rouge danoise, plus de 1 500 ha de mangroves ont été restaurés depuis 1997.
Ce « bouclier vert » protège les digues, favorise la pêche artisanale, et améliore la qualité de vie des habitants. Entre oiseaux migrateurs, crevettes et crabes, c’est un écosystème en pleine effervescence.

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Face à l’urgence climatique, le gouvernement vietnamien ne reste pas les bras croisés. En 2012, une décision officielle met en place un plan de partage des bénéfices : les communautés locales peuvent exploiter les mangroves à condition de les protéger et de les développer durablement.
Le ministère de l’Agriculture, avec le soutien de l’Allemagne et de l’Australie, finance un programme de 19,35 millions d’euros pour renforcer la résilience des zones côtières. Une politique qui conjugue écologie et économie.
Là où jadis on coupait les palétuviers pour le bois, on les plante aujourd’hui avec ferveur. Des villageois deviennent guides écotouristiques, des pêcheurs apprennent à diversifier leurs ressources, et des jeunes participent à des campagnes de sensibilisation.
C’est un changement de mentalité profond, lent mais réel. Les mangroves ne sont plus vues comme des terrains vagues, mais comme des partenaires de vie.

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Planter un palétuvier, c’est croire en demain. C’est accepter que ce que l’on sème aujourd’hui prendra racine lentement, silencieusement, mais sûrement. C’est aussi comprendre que chaque être vivant dépend de l’autre.
La mangrove est une école de l’interdépendance, un manifeste naturel contre l’individualisme. Elle nous enseigne l’humilité face aux éléments, la force de la coopération, la beauté de la résilience.
Peu de gens le savent, mais la mangrove a inspiré des poètes vietnamiens, comme Nguyễn Duy ou Y Phương, qui y voient une métaphore de la vie rurale, enracinée mais souple, résistante mais ouverte.
On raconte aussi que certains guérisseurs traditionnels utilisent l’écorce de palétuvier pour soigner les inflammations. Ainsi, même dans le silence de ses marécages, la mangrove murmure des savoirs oubliés.

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Les mangroves du Vietnam ne sont ni des forêts ni des océans. Elles sont l’entre-deux, l’intervalle magique où tout dialogue : l’eau et la terre, l’homme et la nature, le passé et l’avenir.
Face aux défis du XXIe siècle, elles sont un modèle de sobriété, d’adaptabilité et d’intelligence collective. Mais elles ne survivront que si nous choisissons de les écouter, de les protéger, et surtout, de les aimer.
Alors, la prochaine fois que vous rêverez de nature vietnamienne, ne pensez pas qu’aux rizières ou aux montagnes. Pensez aussi à ces arbres étranges aux racines aériennes. Car dans chaque mangrove se cache une histoire d’amour entre la terre et la mer. Et cette histoire mérite d’être racontée, encore et encore.

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